"Si l'art n'a pas de patrie, les artistes en ont une." Camille Saint-Saëns

"Un seul rêve est plus puissant qu'un millier de réalités." J.R.R. Tolkien

Nouveau Monde 11 : avancement du numéro

NOUVEAU MONDE n°11 "Athématique" : état d'avancement du numéro
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samedi 24 novembre 2012

Tournoi des Nouvellistes - Huitième de finale n°4 : Valérie Simon / Jérémy Semet


Vous trouverez ci-dessous le planning du tournoi actualisé. Cliquez sur l'image pour l'agrandir.






Pour en savoir plus sur les auteurs, rien de mieux que de se rendre sur leur site / blog / page facebook. 
Pour connaître les adresses, 
rendez-vous à cet endroit.


Doris Facciolo est la gagnante du 3ème huitième de finale dans lequel elle était opposée à Lachésis. Elle reviendra donc au tour suivant. Bravo aux deux participantes, le duel a été serré. 

Voici à présent les deux nouvelles suivantes du Tournoi des Nouvellistes. Lisez-les et votez ensuite, grâce au module situé tout en bas de cet article, pour votre texte préféré. Vous avez une semaine, jusqu'au vendredi 30 novembre 2012, 23h59, pour voter. Celui qui aura obtenu le plus grand nombre de votes l'emportera et sera qualifié pour le tour suivant tandis que son concurrent sera éliminé.

N'hésitez pas à donner votre avis sur ces nouvelles dans un commentaire, en fin d'article. Pour cela, cliquez sur le titre de l'article pour voir ce dernier en entier et descendez jusqu'en bas. Un espace réservé aux commentaires s'y trouve.

Bonne lecture et bon tournoi à tous !  


Huitième
de finale
n°4



nouvelle n°7
Demain, des raviolis...
de
Valérie Simon





Je me suis réveillée avec un trou de mémoire.
Je ne sais plus qui je suis.
Je ne sais pas pourquoi je suis allongée là, sur ces gravats au pied de cet immeuble. Le ciel est rouge. Quelque part au fond de moi-même, je ne suis pas certaine de trouver ça normal. J’ai mal partout. Je dois être la victime d’un accident. Peut-être une explosion ? Ça expliquerait les gravats. Ou un tremblement de terre…
Je me lève. Ce n’est pas si simple que cela en a l’air : j’ai visiblement une entorse, mon pied gauche est enflé comme une pastèque. J’ai des écorchures partout sur le corps. D’innombrables mouches emplissent l’air. Je les chasse mais elles reviennent avec acharnement. Il y a quelque chose à côté de moi… c’est rouge et ça pue. Ça grouille déjà d’asticots et…
Un rat !
Un rat est en train de manger l’intérieur d’une bouche !
Je vois les dents brisées, la langue boursoufflée…
Je me détourne et vomis. Je m’éloigne en rampant, ahanant avec terreur. Le rat dérangé lève le nez et me renifle. Ses petits yeux sont comme des boutons, sans aucune expression. Il va m’attaquer, j’attrape une pierre et la brandis, mais il retourne à ses agapes sans m’accorder d’autre importance.
A quoi bon se soucier des vivants lorsqu’il y a autant de morts ?
Cette certitude s’ancre profondément en moi : les autres ne sont plus, les morts m’entourent avec autant d’infini que ces moellons broyés.
Je transpire.
Je me sens mal.
Je respire un air vicié par la poussière et les miasmes putréfiés.
Et je me mets à trembler nerveusement, mécaniquement. Mes mâchoires s’entrechoquent. Je pose mes mains sur mes joues pour tenter d’endiguer ce mouvement involontaire qui ne m’appartient pas.
Où sont les autres ?
Sont-ils réellement tous morts ?
je parviens enfin à me redresser en m’appuyant contre une colonne miraculeusement debout. Je boîte mais j’arrive à me déplacer précautionneusement. Le ciel rouge me perturbe. Je crois me souvenir d’avoir lu un jour, avant, il y a longtemps, que la lumière du soleil est diffractée par l’humidité présente dans l’air. D’où la beauté des couchers de soleil. Ce ciel rouge n’a rien de beau. Il ressemble à une flaque de sang illimitée. J’avance péniblement en m’aidant d’une barre de fer arrachée à une dalle de béton. Les rats détalent. Ce n’est pas l’homme qu’ils craignent, mais le bâton.
Terreur atavique du plus fort que soi.
Je ricane. Ces bestiaux ne me font plus peur. Saleté de vermine. Ils survivent à tout !
Je contourne des collines de déchets, des monceaux de verre brisés, ces morceaux de gratte-ciels effondrés sur eux-mêmes comme des châteaux de carte. Je ne suis plus dans une rue mais sur un monticule rocailleux pollué par des fils électriques, des câbles de cuivre, des canalisations d’eau qui fuient.
J’ai soif, je me penche pour boire, me retiens au dernier moment. N’y aurait-il pas le risque d’être contaminée par une pollution quelconque, la malaria, la peste bubonique, des amibes ? Après réflexion, je peux encore attendre, je verrais plus tard. Une telle décision ne se prend pas à la légère. J’ai survécu à un cataclysme, ce serait bien si je parvenais à survivre à ce qui va suivre. Après tout, je me dois de gagner du temps en attendant que viennent les secours.
Je contemple l’horizon autour de moi.
La ville est détruite.
La ville est un chaos.
C’est fou… Je ne reconnais plus le paysage, je m’étonne de tout, de rien. Au loin, une explosion déchire le silence implacable. Une colonne de flamme monte au ciel, provoque une réaction en chaîne avant de mourir dans un dernier chuintement. Le gaz alimente régulièrement ces cataclysmes post-apocalyptiques. Je suis terrifiée à l’idée qu’une de ces explosions puisse jaillir là, directement sous les pieds, et m’envoyer à la mort sans même que je m’en aperçoive.
Je marche avec une souffrance terrible. Mon pied gauche est comme paralysé. Ce n’est peut-être pas une entorse, mais quelque chose de plus grave, une fracture ?
J’éponge mon front couvert de sueur d’un revers de mon corsage. La poussière se transforme en une sorte de boue qui sèche sur ma peau, craquèle, me démange. Le soleil a changé de place dans le ciel. Il me semble que plusieurs heures se sont écoulées. Je regarde machinalement ma montre tout en sachant par avance qu’elle ne marche plus. Le choc ? La pulvérulence de l’atmosphère ? Je me moque du pourquoi du comment, je pleure sur mon sort imbécile ! Mes larmes ne se tarissent plus. Je regarde autour de moi à travers l’écran liquide de mon chagrin.
J’avance, et je m’étonne de plus en plus.
Ne devrait-il pas y avoir d’autres survivants ? Où sont les secours, les pompiers, les soldats, les bénévoles ? Où sont les hélicoptères qui devraient tournoyer dans le ciel en quadrillant les décombres avec leurs systèmes de détection infra-rouge ? Et les équipes de sauveteurs équipés de compteurs Geiger, d’oscillographes et de chiens à l’odorat dressé ? Et les médecins vêtus de blouses blanches installant des tentes de fortune pour secourir les blessés ?
Une angoisse indescriptible m’étreint.
Les secours ne sont pas là.
Viendront-ils seulement ?
« C’est trop tôt », me dis-je à voix haute.
Mes mots butent et roulent dans le silence. Je sais que je me mens. Mon instinct m’avertit implacablement : il n’y aura pas de secours.
Le monde est mort aujourd’hui, et je ne suis qu’un sursis.
Mon regard oscille d’un point cardinal à un autre et ne rencontre qu’une désolation infinie de pierres brisées, de rocs démembrés, de vestiges branlants, de nappes de particules soulevées par les vents…
Partout, des cadavres.
Hommes, femmes, enfants.
Des corps écrasés par les immeubles écroulés, tranchés en morceaux pitoyables par l’affreuse réalité d’un monde détruit. Leurs peaux sont si distendues qu’on n’en détermine plus la couleur d’origine.
Noirs et Blancs. Blancs et Noirs.
Rien que de la viande.
Je marche, je ne sais même pas pourquoi.
Est-ce une bonne chose d’être encore vivante ?
Je m’arrête et m’assieds sur une pierre. Cette sorte de dalle soulevée de la terre est en réalité un marbre poli sur lequel on peut lire des lettres gravées en or.
Je lis :
« Banque de la Salamandre ».
La pierre est chaude sous ma paume. Je n’en crois pas mes yeux. Des billets s’envolent comme un nuage d’oiseaux, emportés par le vent. Ils tourbillonnent, montent en colonne, s’éloignent vers l’horizon.
Mon premier réflexe est de courir derrière, de tendre la main pour les saisir, de les faire devenir miens.
J’ai oublié mon entorse, je me rassieds en gémissant.
Il fait chaud et moite. L’air est corrompu, tout rempli de molécules qui m’essoufflent. J’essaie de réfléchir. Que faire ? Je commence à avoir faim. Il va falloir que je trouve de la nourriture.
Le rat qui me regarde doit penser la même chose. Cette vermine se précipite soudain vers mon mollet pour y planter ses dents. J’ai le réflexe de frapper avec ma barre de métal, et je m’acharne longuement sur le cadavre écrabouillé, en criant de rage et de désespoir, et je pleure, et je sanglote… J’ai beau avoir cet énorme trou de mémoire, je sais bien que je contemple la fin du monde, ce monde tel que je le connaissais forcément, avec ces êtres chers, les membres de ma famille, mes amis, mes voisins.
Il n’y a plus rien.
A part ces corbeaux surgis de l’horizon, qui planent maintenant au-dessus des corps en croassant lugubrement. Le soleil est haut dans le ciel. Midi, sans doute… Je me remets en marche. Inutile de rester immobile. L’immobilité attire les prédateurs.
J’avance au milieu de nuages de mouches. L’air semble frémir sous le mouvement de leurs ailes. Je ferme les yeux de dégoût. Je sens leurs corps se poser sur moi. Je me secoue, j’essaie de courir. Elles ne me suivent pas. Elles continuent à tourner autour des chairs pourrissantes que j’enjambe régulièrement.
A perte de vue, je ne vois que ces nuages qui parsèment les ruines. Il y en a tellement…
Cette nouvelle réalité n’a pas de fin.
J’arrive à une bouche de métro étrangement intacte. Je peux descendre quelques marches, parvenir à l’esplanade souterraine qui ouvre sur les escalators. Le tunnel est bouché mais la boutique qui vend des sandwiches et des pâtisseries est accessible. Je passe à travers la vitrine en faisant attention de ne pas me couper sur les pans de verre qui se dressent telles des stalagmites. L’électricité est morte, évidemment. Il n’y a pas de lumière, et le frigo ne marche plus. Les biscuits sont moisis. Le pain a été rongé par des souris. Les animaux sont-ils tous indemnes ? N’y a-t-il donc que les humains pour avoir été rayés de la carte du monde ?
Je déniche quelques barres chocolatées, les avale goulument jusqu’à l’écœurement. Je lèche mes lèvres pleines de caramel et je reprends ma route sans but, m’efforçant de réfléchir à une stratégie.
Un chien me suit.
Une sorte de yorkshire, pas plus gros qu’un lapin.
Il grogne et roule des yeux. Est-il devenu fou ? A-t-il faim ? Je n’ai pas peur de lui, il est tellement éloigné de cette race sauvage qui fut un jour son ancêtre. Pourtant, à n’en pas douter, l’instinct de survie revient en lui, annihilant tout souvenir de domestication. Il guette l’instant où je tournerai les yeux pour tenter de m’approcher. Il est comme ce rat que j’ai écrasé. Petit et ridicule, pitoyable. Avec des crocs comme des aiguilles…
Il m’agace à tourner autour de moi en grognant comme un féroce prédateur. Il hérisse son poil, caricature pitoyable de ce qui gravitait autour du genre humain, avant. Je pourrais le tenir à bout de bras, lui briser l’échine rien qu’en le secouant. Il a des poils arrachés, des écorchures sur les cuisses, un air pitoyable qui se cache derrière une volonté de vie qui le pousse au suicide.
Stupide être minuscule, qui supporte les conséquences de son amitié pour les hommes… Je craque devant ses reptations imbéciles. Je lui jette une pierre qui l’atteint dans le flanc. Il bondit de côté en piaillant. Il s’aplatit au sol, il rampe, à nouveau soumis. Son regard brun se lève vers moi et semble me parler. Prise de remords, je lui accorde quelques miettes de chocolat qu’il avale goulument.
Il n’en faut pas plus pour le faire s’accrocher à mes talons. Irrémédiablement domestiqué. Pitoyable.
Mais qui suis-je pour juger ?
Je suis la dernière de mon espèce. Pourquoi devrais-je croire que c’est moi qui aie raison ?
Je caresse son petit crâne fragile. Il me lèche, tiède, rose, réconfortant. Me voilà avec un compagnon non désiré. Je ne suis même pas certaine qu’il saura se défendre contre un rat, il est à peine plus gros que l’un de ces écornifleurs !
Tant pis. Les trois miettes qui le nourriront ne me manqueront pas.
Je suis arrivée au bord d’une rivière. Les quais sont détruits, l’eau s’écoule avec indifférence… Je pense à un bateau, mais n’en aperçois aucun. Le courant est vif, je ne sais pas très bien nager… Tant pis, j’aviserai plus tard, je viens d’apercevoir l’enseigne d’un supermarché et cela obnubile toutes mes pensées. Il est ravagé, certes, mais je creuse au milieu des décombres jusqu’à découvrir des boites de conserve intactes. De quoi tenir plusieurs semaines. Je mémorise l’endroit, il faudra que je m’organise, que je sache revenir pour m’approvisionner en attendant l’inventaire du reste de mon univers.
Je sais que le pillage est interdit mais suis-je vraiment en train de piller ? Qui pourrait s’en soucier ? Ne suis-je pas la seule survivante de cette ville dont je ne me souviens même pas du nom !
Au loin, le hurlement de quelques chiens m’alerte. Ils sont à l’autre bout de la rue, une bande disparate regroupant plusieurs individus dont je reconnais à peine les races. Le plus grand, celui qui vient en tête, est un lévrier afghan. Il ne semble pas à sa place dans cet univers chaotique, pourtant on sent qu’il est devenu le maître. Il se bat contre un bouledogue, le saisit à la gorge. La meute se jette sur le perdant. Voilà comment ils se nourrissent. Je serre plus fort la barre de fer entre mes mains. Mon arme est dérisoire. J’espère que ces chiens auront au fond de leur mémoire ce souvenir qui clame que je suis leur maîtresse par droit de naissance.
Je suis loin d’en être certaine.
Là-bas, la curée est à la fois sauvage et grandiose. Je regarde, fascinée. Il nous faudra cohabiter. Je ne sais pas comment cela pourra être possible. Tôt ou tard, je prendrai la silhouette d’une proie.
Certaines morts paraissent plus intolérables que d’autres. Je ne veux pas être dévorée par un animal. L’humain se doit de se démarquer de la jungle d’où il s’est extirpé. Je serre les poings et reprend ma marche.
La nuit arrivera bientôt.
Je songe à chercher un abri. Je ne sais pas par où commencer. Il me faudrait un endroit où je serai protégée des rats, des chiens errants… Où je pourrai m’envelopper dans une couverture confortable, dormir sans avoir peur…
Je sais qu’un tel endroit n’existe plus, alors je continue d’avancer en me disant que, peut-être, je m’éloignerais suffisamment de cette cité maudite avant l’arrivée du crépuscule. Si je parviens à atteindre la campagne, peut-être parviendrais-je à survivre plus longtemps ? La campagne suppose des champs, des cultures en devenir… Quelle saison sommes-nous donc ? L’été ? Restera-t-il du blé ou de l’orge ? Trouverais-je du maïs, des betteraves, des pommes de terre ? Y aura-t-il des fruits dans les arbres ? Des pommes ? Du raisin ?
Je me mets à pleurer comme ça, soudainement, parce que je viens de comprendre en songeant à tous ces aliments perdus que je ne reverrai sans doute aucun autre être humain. Je suis seule dans un monde défait. Seule à tout jamais. N’aurais-je pas fait mieux de mourir ? Après tout, à quoi bon la survie ?
Le soleil s’assombrit. Il va se coucher, et sa clarté diffuse pénètre dans l’épais nuage de particules qui plombe le ciel. Ses rayons s’adoucissent, disparaissent peu à peu. J’hésite, je m’immobilise le temps de réfléchir. Dois-je continuer jusqu’à la tombée totale de la nuit, où ferais-je mieux de m’arrêter pour installer maintenant un camp de fortune ? Je ne sais que choisir. Avant, je regardais à la télévision ces émissions amusantes sur la survie en terres hostiles. Le présentateur, un beau gars rempli de force et de santé, gobait des yeux de lapin et des chenilles bien grasses, avalait cru des grenouilles et buvait l’eau extraite du crottin d’éléphant. C’était si drôle, parce que si invraisemblable…
Je ne ris plus du tout.
Je commence à avoir froid.
Je me regarde et me rends compte que je ne suis vêtue que d’une blouse déchirée et d’une jupe courte assortie à mes sandales. Pas terrible pour passer la nuit dehors… Je sèche mes larmes d’une main tremblante. Ce serait vraiment le comble si je venais à mourir d’une pneumonie !
J’escalade un mur qui s’est écroulé en travers de la chaussée. Des voitures sont encastrées les unes dans les autres. J’envisage d’en choisir une pour y passer la nuit mais en m’approchant je m’aperçois qu’elles sont toutes habitées par un cadavre pourrissant. La puanteur est effroyable. Elle se faufile au travers des joints et des grilles d’aération.  Les mouches se collent à ma bouche en me donnant envie de vomir. Je m’éloigne aussi rapidement que le permet ma cheville blessée. Je peste et je bougonne. Est-ce vraiment juste, ce que ces fichus humains ont réussi à faire en me laissant ainsi seule à juger leur idiotie ? Foutue race exponentielle ! Je ricane sombrement : à quoi cela sert-il d’être sept milliards d’imbéciles ! Bravo le résultat…
Un abribus s’est renversé. Je m’immobilise pour contempler cette bulle transparente qui ressemble finalement à un cocon. Avec un peu de contorsions et quelques égratignures, j’arrive à me faufiler par l’étroite ouverture et je me retrouve à l’intérieur, couchée sous la plaque de plexi qui me fait un curieux effet, celui d’être une tortue nue dans une carapace transparente.
Je vois le monde alentours, c’est vrai, mais lui aussi me voit. J’essaie de ne pas y penser, j’attaque une seconde boite de conserve.
Du cassoulet.
Froid.
Pas terrible.
C’est gluant, mais ça rassasie tout de même. Je me demande comment arriver à faire du feu. Le chien se rapproche en rampant, me fait une tête de mendiant. Je lui lance la boîte à lécher. Il entre le museau jusqu’au fond. La scène pourrait être drôle. Je me mets à pleurer, comme ça, longuement. Je n’ai personne avec qui partager mon aventure. Je suis seule. Seule pour toujours. Je sens cette solitude au plus profond de mon être, au fond de mes tripes, au fond de mes nerfs, et jusqu’au fond de mon ventre que je comprends être devenu stérile.
Je respire comme si je me noyais. Mes poumons se remplissent de mes larmes. Sans doute est-ce mieux de ne pas me rappeler. Ma douleur serait si dure que je pourrais m’en écrouler. Je le sais bien, dans mon autre vie, celle que j’ai effacée, il y avait fatalement un mari, un fiancé, certainement des enfants. J’allais travailler, je passais le temps en lisant, je rêvais de gagner à un jeu de hasard et de perdre dix kilos.
Quels rêves stupides !
Cette nuit bouclée sur ma solitude, je ne rêve plus que d’une chose impossible à tout jamais : retrouver ma famille en vie.
Qu’aurais-je fait de mes millions ici, sur ces gravats éternellement semblables à eux-mêmes, stériles et désespérants ? Et puis, mes kilos en trop, c’est sûr, je vais les perdre maintenant !
Rêver de gagner des millions, s’imaginer que l’on puisse être le roi du monde…
De quel monde parlons-nous ?
Où que je tourne le regard, je n’aperçois que des décombres.
Adieu l’hôtel de luxe calfeutré de velours. Adieu foie gras et caviar sur farandole de salades. Adieu vins liquoreux et Champagnes couteux.
Lorsque je tenais dans mes bras ces enfants dont je ne me souviens plus, je n’ai pas su assez les aimer.
J’aurai dû m’imbiber plus fortement de la chaleur douce de leurs corps. J’aurai dû remarquer la beauté sereine de leurs visages levés vers moi, ces regards si immenses qui semblaient interroger le monde, tous remplis d’innocence et de confiance.
Je n’ai pas profité de leurs baisers et de leurs câlins.
Je n’ai pas su les protéger. J’aurai dû me lever et clamer au monde des hommes, ceux qui veulent la guerre et le sang, ceux qui croient détenir la vérité universelle : la vie n’est pas une idée.
Mes larmes coulent sans s’arrêter, dégoulinant sur mon menton, gouttant sur la terre poussiéreuse qui les absorbe implacablement.
Mes larmes sont comme cette vie qu’ils ont si implacablement gaspillée.
Le chien s’approche et me lèche les paupières.
Il se pelotonne contre mon cœur, je perçois sa douce chaleur, son odeur de petit animal fauve. Je pose ma main sur sa tête. Ma paume la recouvre entièrement. Il est si petit. Il se prenait pour un loup, il a vite compris qu’il n’en avait pas les moyens. Il n’est finalement pas aussi stupide que ceux qui s’arrogeaient le droit d’être ses maîtres.
La lune se lève et avance dans un ciel rouge carmin. Les lueurs du soleil disparu restent accrochées dans les poussières qui stagnent. La lune est un gros ballon rond au contour flou. Sa lueur ruisselle sur un monde qui ressemble soudain à son propre reflet. Tout est stérile, brisé.
Je ne parviens pas à dormir. Je ne me sens pas protégé par ces parois transparentes. Dans la lueur de la lune, je vois des rats courir à droite et à gauche. L’un d’eux traîne un doigt. Je me mords la lèvre pour ne pas hurler. Le chien dort comme un bébé. Je devrais l’imiter, je ne parviens pas à m’y résoudre. Mes nerfs veillent à ma place. Le sommeil est comme une mort. Comment faire pour me réveiller le lendemain ?
La lune avance lentement. Elle était près de ce monticule, elle est maintenant proche de cet échafaudage miraculeusement debout au pied de cette façade défoncée.
Je me tourne et me retourne. Le chien rêve en dormant. Il tressaute, gémit. Je le rassure d’une caresse. Et me redresse en poussant un cri !
Là-bas, là-bas !
Une lumière dans les rochers.
Je me sermonne : ne pas se précipiter, réfléchir à une stratégie. L’impatience a chassé les dernières brumes de sommeil. J’observe la minuscule clarté jusqu’à me faire mal aux yeux.
De quoi peut-il bien s’agir ?
Serait-ce le feu du camp d’un autre survivant ? Un réverbère relié à un groupe électrogène encore en état de fonctionnement ? Une usine au circuit indépendant ?
Tout est possible et envisageable.
Dès l’aube, je me dirigerai vers elle et je prierai tous les dieux que je connais de m’accorder enfin un peu de chance.
Je me berce de rêves charmants.
Là-bas, ce sera un enfant qui m’appellera maman.
Ou un fiancé qui me serrera sur son cœur.
Ou une bouche de gaz en feu…
Ça me permettrait de réchauffer mes aliments.
Je m’étonne d’échafauder des rêves d’avenir. De croire que tout est encore possible…
Finalement, je n’attends pas l’aube. J’ai froid, je tremble. Aucun chien errant n’est venu renifler mon abri. Aucun rat ne s’est faufilé sous le plexi. Je m’exhorte au courage, je rampe laborieusement hors de ma bulle, mon corps est comme endormi, ankylosé par le froid et l’absence de mouvement. Mon sang se remet à circuler, échauffe mes bras et mes jambes. Je m’aperçois soudainement que je gémis et, confuse, je m’interromps avec gêne.
Comme si quelqu’un pouvait juger de mon inconvenance !
Je peux aller aux toilettes en terrain découvert ! Qui me regardera, à part peut-être un chien ou un corbeau ?
Je ris nerveusement. Je délire, je crois. La solitude me rendra folle, certainement.
Je prends ma barre de fer et m’appuie sur elle comme sur une canne. La douleur de ma cheville ne s’est pas du tout atténuée. Ma mère avait trainé une entorse pendant six mois.
Je panique sans parvenir à savoir si mon affolement nait de penser à ma mère ou de savoir que je serai vulnérable pendant plusieurs mois !
Ma mère n’a plus de visage. Il est gommé par l’absence de mémoire. Je vois une face ronde, sans nez et sans bouche, sans même un œil se posant sur moi. Je la crois brune, mais peut-être ne s’agit-il que de mon imagination. Je suis brune. Mais les lois de la génétique sont secrètes.
La lune a disparu à l’horizon, noyée dans des brumes toutes imbibées de particules. Le soleil peine à sortir de cette gangue minérale que le cataclysme a projeté dans le ciel. Un fin liseré pourpre zèbre le lointain, découpant délicatement le contour des ruines comme s’il s’agissait des sommets d’une montagne.
Je me souviens, je regardais le soleil se lever de l’autre côté du Mont-Blanc. C’était beau parce qu’immuable, quotidiennement renouvelé, pérenne et tellement rempli de certitudes.
Beau comme le souvenir d’un temps archaïque.
Ma conscience humaine s’y perdait en croyant approcher l’immortalité.
Leurre de la nature.
Le monde existe sans l’homme.
La lumière est plus éloignée que je ne le croyais. Parfois, je la perds, la retrouve quelques mètres plus loin. Elle est petite et fragile, toute tremblotante dans le vent. C’est une flamme, j’en suis sûre. L’électricité n’a pas survécu dans tout ce fatras.
Je parviens dans un quartier résidentiel. Les tas de gravats sont plus petits qu’ailleurs ; une maison qui s’écroule sur elle-même n’est finalement pas grand-chose…
Les jardins sont éventrés, retournés, broyés, comme si une main géante avait longuement malaxé ces haies et ces pelouses. La terre affleure à nouveau, rêche et remplie de senteurs. L’odeur de la poussière qui recouvrait la puanteur des chairs viciées a été remplacée par le parfum acide de la sève triturée.
Une fleur épargnée pousse hors des gravats. C’est une orchidée à la fleur blanche, immaculée comme un nuage. Je m’agenouille devant cette relique, je la contemple en reniflant. Mon corps est sec, les larmes se sont enfouies. Demeure plus que l’émotion.
Précautionneusement, avec des gestes dont j’ignorais la délicatesse, je l’extraie de sa gangue de pierre. Son pot est miraculeusement intact. Je le prends dans mes mains, le chérit comme un enfant. Le chien me regarde en penchant la tête. Il s’étonne de mon attitude, c’est certain. Moi-même je ne comprends pas cet engouement soudain. Je n’ai jamais eu la main verte, je considérais les plantes comme des attrape-poussières.
Ironie du destin, la fragile orchidée dans l’aube rose de ce matin ne sera jamais un attrape-poussières. Elle s’est érigée comme une reine au-dessus des décombres. Ses claires corolles lumineuses réfléchissent l’astre du jour. Je souffle sur ses pétales charnus, chassant les dernières impuretés qui risqueraient de souiller sa beauté éternelle.
Je l’emporte avec moi. J’ai déchiré le bas de ma blouse pour pouvoir la nouer dedans. Je tiens à garder mes mains libres. J’ai à nouveau entendu des chiens aboyer dans le lointain.
Enfin, je touche la lumière.
C’est un incendie qui gronde au cœur d’une maison. De loin, il paraissait ridicule. De près, il est comme une fournaise béante sur l’enfer. Il s’autoalimente en léchant les murs. Les papiers peints se gondolent avant de s’embraser. Les flammes sautent ainsi d’une ruine à l’autre, emportées par les canalisations de gaz souterraines. Elles entrent comme des voleurs en s’attaquant à la porte, défoncent le bois qui tenait encore par miracle, se faufilent dans les moindres recoins.
Je m’assieds à bonne distance et je contemple l’embrasement. Le feu dévore les derniers vestiges de ma civilisation. Bientôt, il ne demeurera que des cendres noires qui se mélangeront aux cendres grises de la ville détruite. Un jour sans doute, bientôt peut-être, l’herbe reprendra courage et pointera hors de ces rochers artificiels. Des arbres les suivront, s’enracinant au milieu de cette terre fertilisée par la chair de mes semblables.
Je comprends que pour contempler cet avenir de mes propres yeux, je dois organiser ma survie. J’ai repéré des bouches d’incendie qui m’approvisionneront en eau potable. Je crois me souvenir que cette eau était directement amenée de la nappe phréatique. J’espère que la pollution organique restera à la surface du sol et que toutes les bactéries ne parviendront pas à se faufiler jusqu’au plus profond de la terre. J’ai toujours eu peur de la maladie.
J’ai trouvé une bassine de fer blanc dans laquelle je récupère des braises. Une seule mission : ne jamais laisser mourir le feu. Quel bond en arrière ! L’humanité était prête à terra-former la planète Mars, je me retrouve plus démunie que cette bonne vieille Lucie.
J’ai mis à réchauffer une des conserves.
J’ai oublié d’ôter l’opercule et la chaleur à fait exploser la boîte. Le couscous s’est réparti partout, sur des mètres à la ronde. Je m’essuie le visage en hurlant de rire. Le chien tourne sur lui-même. Il cherche à attraper sa queue. Demain je mangerai des raviolis.
Quelle belle ambition dans la vie.













nouvelle n°8
Ô sombre héraut
de
Jérémy Semet





1

     Hormis la cargaison, vous serez seul à bord du navire.

     La conversation qu'il avait eue avec son interlocuteur lui revint en mémoire, de manière épisodique, fragmentaire, alors qu'il filait à bord de la navette en direction de la station de transit. Certaines phrases le troublaient davantage à mesure qu'elles gagnaient son esprit et qu'elles s'y nichaient comme l'aurait fait un parasite. Et maintenant qu'il prenait la pleine ampleur de la tâche à accomplir, voilà qu'il ne s'en sentait plus vraiment capable, doutant de ses capacités.
     Les conditions du contrat l'inquiétaient.
     Durée du voyage. Quantité du chargement. Nombre exact de stations jalonnant son parcours. Voilà les points qui retenaient son attention alors qu'il passait en revue les fiches plastiques qui lui avaient été remises après l'entretien – des fiches de tailles et de couleurs différentes dont la fonction de certaines lui échappait déjà. Mais il avait donné sa parole et ne pouvait plus refuser.
     Ce qui l'avait poussé à agir était cette absence d'attache : aucun poids n'entravait ses chevilles. Il pouvait prendre son envol, voyager où bon lui semblait. Personne n'allait lui rappeler, à la faveur d'un message électronique envoyé à la hâte, que sa présence manquait à ses proches ou que la chaleur de son corps était réclamée au côté d'une ravissante jeune femme brûlante de désir. Non, ce n'était pas le karma qui avait été établi pour Sid.
     La navette s'arracha à l’atmosphère terrestre, secouée de toutes parts, laissant d'épaisses gerbes brûlantes dans son sillage. La brusque accélération de l'appareil fit gronder les réacteurs et les passagers purent apercevoir par les étroits hublots de l'habitacle l'immense structure se rapprocher à grande vitesse : gigantesque pic de métal pivotant sur son axe et couronné de lumière. Arrimée à la station, patientait une cohorte d'autres navires de classe moyenne qui n'attendait que leurs occupants pour pouvoir repartir.
     Sid avait toujours eu un penchant pour tout ce qui pouvait voyager. Piloter était son affaire ; même si cela dépassait son entendement. Il avait un don pour tout ce qui touchait à la navigation comme certains comprenaient la subtilité de quelques vers de poésie sans avoir eu besoin de l'étudier à l'école. Il était né ainsi et ne pouvait blâmer ni remercier quiconque.
     L'habitacle se para de rouge : signe que la rencontre avec la station était imminente.
     À l'extérieur, le ballet stellaire se produisait, sans répit : le seul spectacle dans tout le cosmos qui n'eut besoin d'aucune répétition et qui ne donnerait jamais de secondes représentations. Les étoiles tournaient tout autour de la navette, minuscules moucherons fluorescents prisonniers d'une infinie toile faite de néant.
     Enfoncé dans la banquette de la navette – banquette de si mauvaise qualité qu'une barre occupait la partie basse de son dos, annonçant un début de sciatique –, Sid anticipa l'étape qui suivit, enserrant les accoudoirs de ses doigts endoloris par l'effort. Bien qu'ayant participé à des centaines de vols de ce genre, Sid redoutait plus que tout le moment de l'amarrage ; une peur qu'il ne pouvait ni rationaliser et encore moins expliquer.
     Les sas pneumatiques se rejoignirent, scellant une amitié qui ne dépassa pas le temps du déchargement. La navette s'agita une toute dernière fois avant de s'éteindre, plantée dans la station comme le dard d'une guêpe dans la peau d'un enfant turbulent.
     Sid quitta son siège, fourrant les fiches plastiques dans la poche intérieure de sa veste, cherchant du regard la sortie. Une fois le sas franchi, il longea les goulottes de lumière qui courraient au sol, traçant le chemin qui le mènerait à son nouveau chez lui. Les autres voyageurs – des ouvriers bossant dans d'obscures concessions minières disséminées aux quatre coins de la galaxie – se pressaient, se bousculaient pour parvenir à temps jusqu'à leur prochain transporteur, étroite coque de fortune qui les conduirait à l'autre bout du système solaire. Du moins le supposait-il.
     Dans son dos, la navette brisa le lien qui l'unissait à la station et disparut dans la nuit éternelle. À ce moment, Sid envia ce morceau de métal qui fonçait vers la Terre. Oui, ce qu'il pouvait l'envier : car, au moins, il était possible à la navette de retourner d'où elle venait. Mais pas Sid. Cela ne lui avait pas été clairement stipulé durant le briefing, mais il sentait que son voyage serait un aller sans retour.
     Il suivit les faisceaux lumineux, les anneaux d'or fixés à ses oreilles crépitant dans la pénombre, et se retrouva nez à nez avec une immense porte au revêtement bouffé par la corrosion. À droite de la porte brillait une fente ressemblant à un lecteur de carte. Sid jongla un assez long moment avec la quantité de fiches qui était désormais les siennes. Rouge. Bleu. Verte. Jaune. Il y en avait même une où l'on pouvait voir au travers. Laquelle choisir ? Il sonda sa mémoire, recherchant le passage où l'homme lui avait expliqué, en détail, l'utilité de chacune des cartes. Par malheur, c'était cette partie de l'entretien que son esprit avait choisi pour se dérober à ses obligations et changer de cap, acquiesçant durant la conversation comme l'aurait fait un droïde, comme si cela avait été codé dans son protocole.
     Des symboles figuraient sur ces cartes. Des symboles qui lui auraient été précieux si seulement il avait su à quoi ils correspondaient. Mais Sid n'en avait aucun souvenir.
     « Laquelle de ces cartes ouvre cette foutue porte ? », hurla-t-il pour lui-même, tournant et retournant les fiches dans la paume de sa main, éprouvant le plus grand mal à se rappeler de l'échange qu'il avait eu avec ce type. « Et si je les essayais toutes ? proposa-t-il à haute voix, comme pour se rassurer de son choix. Non, fit-il, déçu, il doit y avoir une limite de passage. C'est sûr. »
     Puis il décida de procéder par élimination. La carte devait être présentée à l'intérieur de la fente et non pas à proximité. Il lui suffirait, en toute logique, de comparer la taille de la fente avec celle de la carte. Mais comme un fait exprès, la largeur des cartes était identique ; pour l'ensemble des fiches. « Les présenter une fois seulement ne me ferait pas courir un grand risque, fit-il, tâtonnant. Après tout... »
     Sid ouvrit les jeux de cartes plastiques à la manière d'un éventail comme durant une partie de belote et les passa une à une devant le lecteur. La porte ne se déverrouilla qu'au bout de la douzième, celle recouverte d'un halo couleur crème et il songea intérieurement : même au Paradis il faut montrer patte blanche.
     Un peu de rouille se dispersa dans l'air lorsque la porte s'ouvrit en gémissant et il put embarquer à bord du vaisseau-cargo, endossant pour une période indéterminée, le grade de capitaine de navire spatial.
     Le tour du propriétaire fut assez rapide puisque comme on le lui avait dit quelques heures auparavant : hormis la cargaison, il était seul à bord du navire. Pas de robot-mécano. Pas de timonier. Pas de robot-cuistot. Qu'il s'agisse d'humain ou de synthétique, il n'y avait rien ni personne à bord de ce rafiot. Sid était seul. Il allait devoir tout gérer lui-même. Pas moyen de déléguer.
     Aucune voix féminine ne se présenta à lui lorsqu'il gagna le pont. Aucune IA ne l'interpella par son prénom pour le mettre au jus du carburant restant dans les cuves ou de ce qu'il y aurait au menu une fois les moteurs lancés. Rien. Mais alors ce qui s'appelle absolument rien.
     Les couloirs n'étaient que partiellement éclairés ; quand ils n'étaient pas dépourvus de lumière. Bien sûr le vaisseau-cargo n'avait rien d'un croiseur stellaire ni même d'une corvette galactique. Même si ce n'était pas le palace du sultan, Sid finirait par s'y sentir comme chez lui à la longue et c'est tout ce qui importait en réalité.
     Il s'enquit des différentes soutes, de l'ensemble des compartiments dont il aurait la charge, vérifia les conteneurs de carburant et contrôla les instruments à sa disposition. Tout était « vert ». Il envoya ses codes de vol à la station et entama sa manœuvre, non sans un certain doigté, pour s'extraire de son emplacement ; l'agent de contrôle n'apercevant que tardivement la toute fin du nom du navire – « SIRE » disparaissant de son champ de vision.
     Plein gaz. Direction : Cap Harris, la première station de ravitaillement. Jusqu'à son prochain arrêt, Sid aurait tout le loisir d'approfondir ses connaissances concernant le lieu où il se rendait.

2

     Le chemin vous semblera interminable jusqu'au Cap Harris. Mais ensuite, tout devrait rouler.

     Alors que les pilotes les plus chevronnés n'avaient qu'une crainte lorsqu'ils entamaient leur périple extrasolaire – à savoir : traverser la ceinture d'astéroïdes – Sid n'avait qu'une seule et unique chose à déplorer : cette incroyable lenteur qui ralentissait son départ du système solaire. Même en poussant le navire dans ses derniers retranchements, ses réacteurs réglés si fort qu'ils auraient pu embraser le cosmos tout entier, celui-ci paraissait faire du surplace. Sid dut tout de même s'y résigner et continua jusqu'au Cap en pilotage automatique ; réduisant de manière importante sa consommation énergétique.
     Le dernier occupant avait cru bon de laisser dans la mémoire de l'ordinateur de bord une sélection musicale des plus singulières. Alors qu'il consultait son itinéraire sur les cartes stellaires, Sid choisit quelques morceaux, en fonction de leur titre (cela allait de soi), et se laissa bercer par la douce voix d'Eddie Vedder qui interprétait Rise ; une chanson qu'il avait déjà entendue et qui semblait surgir tout droit de son passé. Et tandis qu'il se perdait au beau milieu de tous ces corps célestes aux coordonnées presque infinies, Sid se surprit à rêvasser ; alors que ce n'était aucunement dans ses habitudes. Il se voyait à la barre d'un bateau de pêche, se démenant pour que son embarcation ne chavire pas, en prise avec une mer des plus agitée. Furieuse. Et cette vision ne l'effraya pas. Non. Elle lui parut même d'une cohérence féroce. Comme si, se rêver maître d'un autre navire – terrestre cette fois – était tout à fait normal ; même si l'époque paraissait lointaine.
     Au-dessus de lui, crachotées par les vieux haut-parleurs, les paroles que chantait Vedder traversèrent son esprit comme une flèche transperce une pomme :

I'm gonna rise up
Find my direction magnetically.

     Cet ensemble de pensées, de sons, trouva en lui une profonde résonance. Comme si l'univers cherchait à imposer quelque chose à son esprit. Comme si on cherchait à lui faire comprendre, prendre conscience d'une vérité essentielle.
     C'est à ce moment, alors que l'épiphanie semblait proche, prête à éclater, que des voyants clignotèrent sur le tableau de bord, signalant une brusque perte de température dans la zone du convoi.
     Il emprunta l'échelle de métal à toute vitesse et arriva dans la coursive principale. Longeant les murs, obligé de se mouvoir penché tant les couloirs étaient bas, Sid se dépêcha au-devant du problème non sans appréhension. Car lorsqu'il y avait chute de température, il y avait de grandes chances pour qu'une brèche dans la coque en soit l'origine. Et un trou, aussi petit soit-il, si loin du Cap Harris se révélerait alors désastreux pour la suite de l'entreprise. Sid s'arrêta devant la porte de la soute contenant la cargaison : car c'est de cet endroit que provenait le problème. La porte coulissa et il put voir de ses yeux la mystérieuse cargaison qu'il était amené à convoyer sous bonne garde.
     Au centre de la pièce avait été dressée une longue table en ferraille ; autre élément du navire à ne pas avoir été épargné par la corrosion. Sur celle-ci étaient disposées six boîtes de métal, intactes. La pièce balayée de longs rayons écarlates, fouettant les objets qu'ils pouvaient rencontrer, baignait dans une atmosphère de fin du monde. Sid s'avança jusqu'au centre de la pièce, à quelque chose comme un mètre de la table. Tout autour de lui, des leviers, des manettes, des panneaux de commandes pris dans un cadre rayé fait de noir et de jaune. Des couleurs propres à l'éloignement, à la mise en garde.
     Après un examen rapide, Sid conclut que la pièce ne souffrait d'aucune perte de pression. Car dans pareil cas, les murs se seraient alors entièrement recouverts d'une épaisse couche de glace ; et d'ailleurs l'ouverture de la porte aurait été impossible. Il leva la tête vers le plafond et annonça d'un ton calme : « fin de l'alerte. » Son ordre fut suivi d'un long bip et la pièce retrouva son éclairage habituel. L'IA fonctionnait encore après tout. Un coup d’œil aux différents panneaux de commandes conforta Sid dans l'idée qu'il s'était fait à la seconde où il posa le pied à bord du vaisseau : le vieux briscard devenait maboul. Pas étonnant vu l'état de délabrement de l'appareillage et du système tout entier. Un miracle que la carlingue tienne encore le choc après tout ce temps.
     Le cadran indiquait pourtant une température négative. Sid tapota la plaque lumineuse et les chiffres changèrent le temps d'un clin d’œil : passant de +23°C à -17°C avant de grimper à nouveau jusqu'à une température plus clémente. Pourtant, il pouvait ressentir ce « froid » qui engourdissait l'extrémité de ses membres et le piquait jusque dans sa moelle ; et ce n'était pas qu'une image, il sentait son squelette s'envelopper d'une fine croûte de métal glacial. Il approcha une main hésitante de l'un des murs de la pièce et se rendit compte que l'apparente fraîcheur n'émanait pas des parois, mais d'un point plus proche de lui. En vérité droit devant lui. Un simple passage au-dessus du monticule de boîtes, suffit à sa main pour se faire attaquer par la froidure, mordant dans sa chair tendre comme l'aurait fait un animal affamé. Et la voix de Johnny Cash, soufflée d'outre-tombe par les enceintes suspendues au plafond :

There ain't no grave
To hold my body down.

     De retour sur le pont, Sid regarda par les larges vitres disséminées tout autour de la cabine de contrôle : le Black Desire se dérobait à la vue de Pluton, hostile planète glacée, seule témoin de sa fuite.
     Jusqu'au Cap, les alertes fictives se multiplièrent.

3

     Vous risquez de ne pas vous sentir dans votre assiette, certain jour. Il ne faudra pas paniquer. C'est une sensation commune qui est appelée le « mal de l'espace ». N'en tenez pas compte.
    
     Cap Harris se dessinait droit devant, station standard perdue au beau milieu de la Voie Lactée, infime morceau de civilisation isolée de tout. « Le type qui bosse ici doit avoir la paix. C'est sûr ! », fit-il alors qu'il amorçait l'amarrage, chassant de son esprit toute pensée angoissante. Du moins, il s'efforçait de les chasser. Au cours de son voyage, des stations comme Harris allaient devenir courantes. Et bientôt, il n'y ferait plus vraiment attention, patientant dans le carré visiteur que le plein de carburant se finisse. Ce n'est qu'après Alskaa – à environ un parsec et demi de sa position actuelle – qu'il  se rendra compte de la forme particulière de ces stations : une silhouette qui rappelait celle d'une immense étoile de mer où les navires se logeaient dans des alcôves perpendiculaires aux bras de l'étoile. Une fois ancré, le navire donnait cette impression de chute dans le « vide » intersidéral.
     « Black Desire. Veuillez donner vos codes de vol, je vous prie, résonna une voix dans le haut-parleur.
     Sid fit mine de chercher la liste contenant les précieux codes, tentant de faire enrager le type qui se trouvait de l'autre côté du spatiocom.
    Je... je les ais. Une minute.
     Aucune réponse.
    Voilà. Je viens de mettre la main d'ssus. Ouf ! fit-il, singeant le soulagement.
     Toujours rien de la part de Harris.
    Et ben, vous ne devez pas beaucoup vous marrer dans votre p'tite boîte. Ah !
     Son rire gras retentit avec fureur. Il s'éclaircit la voix et ajouta :
    Bon. Euh... PEHM/66.R.7.1-TB.
    Codes validés. Rendez-vous au sas. La porte s'ouvrira à votre venue.
    Bien », dit-il, échaudé.
     Au-delà du sas d'entrée, Sid suivit la coursive baignée de lumière jusqu'à un carré accueillant et désert. Pas le moindre voyageur pour lui tenir compagnie. Il prit place sur un siège pivotant et s'amusa à décrire des cercles avec celui-ci, accélérant la cadence par moments avant de s'arrêter brusquement, tentant de provoquer un semblant de vertige ou de sensation de tournis. C'est que les voyages spatiaux n'offraient que peu de distraction. En tout cas à bord du Black, Sid n'en avait aucune.
     Alors qu'il constatait que son geste n'avait eu aucun effet, une voix s'adressa à lui : le remplissage du carburant ainsi que les diverses réparations sur votre vaisseau prendront un moment. « C'est bien ma veine ça ! », fit-il pour lui-même. La voix reprit, sur le même ton monocorde, ne trahissant pas la moindre émotion : des boissons fraîches ainsi qu'une collation vous seront servies à la cafétéria si vous en éprouvez le besoin. Pour vous y rendre, suivez les leds bleues. Les toilettes se trouvent au bout du chemin décrit par les leds vertes.
     Sid se leva du siège et chercha d'où pouvait bien provenir cette voix. N'y avait-il aucun agent humain en activité à bord de cette station ? « Hé ! lança-t-il un peu dans toutes les directions, ne sachant pas très bien il devait parler. J'ai un problème avec mon détecteur de chaleur. Dans ma soute principale. Là où se trouve mon chargement. Vous serait-il possible de...» Et la voix de le couper au milieu de sa question : pour toutes réclamations, veuillez en référer à l'agent compétent. Pour cela, suivez les leds orange. « Foutue boîte de ferraille mal réglée ! », grommela-t-il dans sa barbe. Il emprunta la voie balisée d'orange, le rayonnement azur d'une étoile toute proche filtrant par les hublots rectangulaires de la coursive et le frappant en plein dos. Sid trouva l'agent en question qui n'était rien d'autre qu'une machine : enregistrant simplement la demande. La boîte de conserve allait-elle trouver le nœud du problème ? Là était la question. Sid n'accordait que peu de confiance à autrui ; surtout les machines. Cela n'avait rien à voir avec une quelconque forme de racisme, loin de là car par le passé, elles lui avaient simplifié l'existence. Il ne croyait tout simplement pas à des capacités qui n'étaient pas les siennes.
     Il rejoignit le carré des visiteurs et patienta. Patienta. Sans montre à son poignet ni écran dans la pièce, il lui était impossible de déterminer le temps passé à attendre sur ce siège que tout soit enfin terminé. Sid regagna le bord du Black Desire sans même une explication. Le plein de carburant avait été fait. Quant aux réparations... Pas un mot là-dessus de la part de la voix qui se contenta d'un cordial « bon voyage ».
     Bien calé dans son fauteuil de bord, son regard passant des témoins de contrôle à la carte stellaire qui dévoilait, petit à petit, son parcours de vol, Sid se demandait s'il n'avait pas présumé de ses forces. Il avait roulé sa bosse, c'était certain. Mais ce voyage là allait lui donner pas mal de surprises. Il en était convaincu.
     Après s'être délivré du Cap Harris, la puissance de ses réacteurs réglés à minima, le Black Desire mit le cap en direction de l'étoile Aldébaran dans la constellation du Taureau. Douze stations étaient notées sur le chemin qu'il allait emprunter. La dernière était située plus loin que les précédentes – la fameuse Alskaa – et cette partie du voyage serait alors assez délicate à gérer en raison du carburant que le vaisseau allait devoir consommer pour parvenir jusqu'à ce point. Mais Sid aurait tout le temps d'y songer. Pour le moment, il gardait un œil sur la température de sa soute principale. Et il ne semblait y avoir aucun souci.
     Depuis le début de son aventure galactique, Sid ne s'était pas couché, pas même assoupi. Sa couchette désespérément vide. Il avait du piquer du nez une, peut-être même deux fois alors qu'il se trouvait dans son fauteuil, mais guère plus. Et pour la nourriture, il n'y avait pas grand-chose à en dire hormis qu'un robot-cuistot lui aurait été superflu. Sid n'avait ni faim, ni sommeil. C'est d'ailleurs ce qui figurait sur son journal de bord. Bien sûr, il n'était pas très bien tenu. Il lui arrivait d'oublier de noter les choses qui se passaient ; si tant est qu'il se passait quelque chose à bord du Black.
     Sur sa route, Sid n'avait pas croisé de bâtiment ; de quelque classe que ce soit. Sa radio n'avait intercepté aucune communication. Pas même d'appel de détresse. Le néant. C'est pour cette raison qu'au bout d'un certain temps, Sid s'était cru seul dans le cosmos.
     Il n'y avait pas âme qui vive. Nulle part.
     Dans l'espace, le temps ne s'écoule pas comme sur Terre. Il n'y a pas vraiment de « jour » et de « nuit ». Le voyageur doit instaurer une sorte de routine fictive afin de s'organiser tout au long de sa « journée ». C'est d'ailleurs dans ces moments-là que des désordres mentaux surviennent la plupart du temps. Sid ne prêtait pas attention à ces fausses recommandations : il agissait comme il l'avait toujours fait, n'obéissant qu'à lui seul, se fiant à son propre jugement.
     L'ensemble de ses vérifications terminées, Sid laissait le vaisseau en pilotage autoguidé ; en vérité, il le laissait enclenché tout le temps. Puis, il prenait un peu de temps pour se balader. Ce n'était pas un bâtiment énorme et le tour était vite fait, mais il aimait parcourir les couloirs, attentif à la voix de son navire. Sid pensait l'entendre parler. Parfois. Lorsque loin derrière le grondement des machines et du roulis des pompes, le murmure céleste rencontrait la carlingue du Black et que débutait cette sourde mélopée – qui selon les bruits qui courraient dans les stations de transit, n'avait jamais cessé depuis le commencement des temps. Oui, il appréciait ces promenades rien que pour cela. C'est d'ailleurs après l'une d'elles que Sid sentit un changement.
     Deux stations au-delà de Harris, le vaisseau traversa un amas stellaire : cohorte d'étoiles collées les unes aux autres comme une poudre étincelante dispersée dans le vent. Les vitres donnant sur l'extérieur s'opacifièrent au contact des rayons aveuglants qui sévissaient tout autour et le Black poursuivit sa route dans une obscurité quasi totale ; en dépit de la lumière dispensée par les consoles. Sid remontait un long couloir, s'orientant uniquement grâce à son ouïe, lorsqu'il aperçut son reflet sur une surface vitrée. Il reconnut son anneau d'or toujours accroché à son oreille ainsi que sa barbe qui lui allongeait le visage en raison de sa longueur ; le faisant ressembler à un vieillard. Mais ce n'était pas tant cette affreuse figure malade que le gonflement qui déformait sa lèvre inférieure ainsi qu'une partie de son menton qui l'avait fait sursauter. En effet, sa bouche paraissait imiter une moue boudeuse. Cette disgrâce faciale avait tout l'air d'une piqûre de moustique ; ou d'une allergie alimentaire à la rigueur. Mais Sid n'avait rien avalé jusqu'ici. Cette hypothèse pouvait donc être écartée. Restait la piste du moustique. Pour en avoir le cœur net, Sid allait devoir explorer la dernière probabilité. « Éfidemment, il n'y aucume inpirmerie fur ce butain de gargo ! », hurla-t-il, s'exprimant avec difficulté. Non, le Black était dépourvu de poste d'infirmerie. Il n'y avait même aucun robot-doc. Sid allait devoir se débrouiller seul.
     De retour dans son fauteuil, il cala la mallette d’aluminium – qu'il trouva dans un recoin du vaisseau –  sur ses cuisses et déverrouilla l'objet d'un simple mouvement du pouce. L'objet se déplia au ralenti, comme grippé : une surface vitrée se redressa en oblique par rapport au second panneau plat et lisse qui garda sa position horizontale. Un disque vert y palpitait. Sid l'effleura. La surface vitrée s'anima et une flopée de touches circulaires s'illumina. Une suite de fenêtres de démarrage se succéda sur l'écran avant de se figer sur une page de présentation. L'interface de la valise médicale ne semblait pas très complexe. Et tandis qu'il perçait le système d'exploitation, Sid sentit ses gencives le lancer comme après s'être fortement brossé les dents, dérapant par moment sur la chair molle. Ses battements cardiaques remontèrent jusqu'à son crâne et la douleur s'accrut sans crier gare : la rendant difficilement supportable. À l'aide de deux doigts, Sid se massa les gencives et de l'autre main nota ses « symptômes » dans une ligne de recherche et attendit qu'arrive le résultat.
     La machine grommela. Le système passa en revue l'ensemble de ses données lorsqu'une goutte de sang explosa non loin du pavé numérique. Sid porta une main à son nez et lorsqu'il l'examina, ses doigts avaient pris une vilaine teinte écarlate.
     Un bip l'avertit que la recherche venait de toucher à sa fin. Et tout en retirant une incisive de sa bouche douloureuse, Sid déchiffra péniblement ce qu'affichait l'écran. Ce n'était pas concevable.
     Il s'affala dans son fauteuil, cassé par une fatigue soudaine. Dans son dos, la mallette affichait : SCORBUT.

4

     Un voyage de ce type peut mettre vos nerfs à rude épreuve. Une trop longue exposition à une solitude forcée risque de vous faire perdre les pédales. Par moment, il vous semblera entendre des voix. Des voix de personnes que vous connaissez. Ignorez-les. Cela vaudra mieux pour vous.

     Sid essaya de se calmer en se focalisant sur le ronronnement cyclique des réacteurs, étendu dans son fauteuil, sa bouche allégée de trois autres dents. Il se redressa avec précaution, la tête comme prise dans un étau et referma la mallette sans même prendre le temps de l'éteindre. « Ne Schcormut ! Foupa ticouner gnon pu », psalmodia-t-il, expulsant deux calculs par sa bouche. Calculs qui n'étaient rien de moins que deux molaires.
     Sid n'avait pas tort. Le scorbut faisait partie des maladies éradiquées depuis la fin du XXIe et se répandait autrefois sur les bateaux de pêche ; jamais à bord de vaisseaux spatiaux. Il n'y avait pas de raison qu'il contracte une telle infection et surtout aussi loin de la Terre. Non. Cela n'avait pas de sens.
     Quittant son fauteuil, il fit quelques pas et ne dépassa pas les consoles, sa tête prise de vertiges. Puis le Black Desire accéléra sans raison. Dans sa chute, Sid percuta le fauteuil – la mallette médicale se fracassant sur le sol grillagé – avant de s'échouer non loin de l'échelle, la nuque en partie dans le vide. Et pour la première fois, le capitaine abandonna la barre, son navire en proie à l'inconnu.

*

     À son réveil, d'autres dents avaient foutu le camp – qu'il avait failli avaler en reprenant sa respiration – et les mots qui sortaient de sa bouche étaient incompréhensibles. Il s'était écoulé un temps infini avant que Sid ne reprenne conscience, c'est cette impression que lui avait laissé son évanouissement.
     Une vive lumière rouge habitait le pont principal et une sirène stridente emplissait tout le navire : les alertes fantômes avaient repris. Un bref coup d’œil en direction de la proue du bâtiment et il vit une gigantesque sphère briller d'un éclat maladif, un avant-goût de l'enfer. Sur ce disque apparaissaient les contours d'Alskaa et c'est dans cet état de confusion que Sid remarqua la structure étoilée.
     Les écrans de contrôle annonçaient que le Black se rapprochait de l'étoile Aldébaran. Impensable ! Il n'avait pas sombré si longtemps ; et même en dépit de ce que lui dictaient ses sens. Si tel était le cas, cela voulait dire qu'il ne s'était pas arrêté aux autres stations. Le vaisseau avait dérivé, par Dieu sait quel miracle, et avait échoué ici dans cet autre quelque part. Ça paraissait trop beau pour être vrai. À moins que quelqu'un se soit chargé des ravitaillements. Auquel cas, le ou la personne était encore à bord.
     Mais il délaissa vite cette idée : car dans le coin d'un écran de contrôle, il remarqua le symbole d'une jauge. Une jauge vide. Le vaisseau dérivait. Il n'y avait pas de doute possible. Ce qui signifiait que l'alerte provenait bien de la soute et qu'il allait à nouveau devoir s'y rendre.
     Descendre lui prit un temps fou. Son état fébrile rendit son équilibre plus que précaire. Ses gencives se mirent à saigner, après le second échelon, et sa bouche s'emplit d'un mélange de salive et de sang qui l'obligeait à cracher. Il progressait dans un brouillard sanglant créé de toutes pièces par son esprit. La taille du navire ne lui semblait plus si anodine à présent : effectuer un pas lui prenait une éternité. Quatre ongles de sa main droite sautèrent lorsqu'il se réceptionna, non sans maladresse, au bas de l'échelle. La traversée des différentes coursives ne se fit pas sans embûches et lorsque la porte de la soute principale se profila à l'horizon, Sid n'avait plus de dent ni d'ongle, sa silhouette voutée semblable à celle d'un grabataire. Il prit appui là où il le pouvait, ses forces se dérobant peu à peu lorsqu'il pensa discerner un appel de l'autre côté de la porte. Dans la soute principale.
     Capitaine ?
     La perte de tout ce sang.
     Hé par ici !
     Sa tête le faisait souffrir.
     Aidez-nous !
     Sa tête lui jouait des tours.
     S'il vous plaît, ne nous laissez pas !
     Comme on le lui avait dit.
     Hé capitaine ! On se les gèle.
     Non. Non. Ça frisait le délire.
     Ouais, soyez pas comme ça. Venez nous tenir chaud. C'est que ça caille ici !
     Sid se remit debout, apposant ses mains ensanglantées sur la porte. Il parvint à se maintenir droit, calant ses pieds pour ne pas glisser et ouvrit la porte de la soute, n’appréhendant plus vraiment ce qui se trouvait de l'autre côté.
     Le souffle frigorifique enfermé dans la pièce s'échappa comme un assassin poursuivi par la police, forçant Sid à se cramponner. Il rentra dans la soute et ses yeux se posèrent d'instinct sur les six boîtes.
     Ho hé ! Du bateau !
     Elles n'avaient pas bougé contrairement au reste de la soute qui semblait avoir terriblement souffert.
     Qu'est-ce que vous attendez ?
     Les murs étaient emprisonnés dans une épaisse gangue de glace à la robe anisée. Tout comme le sol.
     Vous comptez nous laisser crever ?
     Malgré son infirmité grandissante, Sid pénétra dans la pièce, prenant soin d'enjamber le tapis gelé dont l'épaisseur semblait moins importante du côté de la porte. Un disque de décongélation se dessinait dans un rayon de deux mètres autour de la table de métal, autour des boîtes. Comme si le monticule de boîtes était l'épicentre du phénomène : les immunisant en quelque sorte.
     Le Black Desire continuait de se perdre dans l'espace, tournoyant à proximité d'Aldébaran. Tout à coup, le navire se mit à trembler. Avait-il heurté un morceau de météorite ou les débris d'un navire abandonné ? La question subsistait. Et Sid glissa sur le sol détrempé, percutant la table à hauteur de hanche avant de s'y allonger, transit de douleur.
     Les voix se firent plus rageuses, plus vindicatives.
     Ha ! Ha !
     Yaup ! Les mecs, c'est l'capitaine que v'là !
     Pourquoi ?
     Hein ? Pourquoi salopard ?
     Pourquoi t'as rien fait ? Ordure !
     Ravi qu'tu viennes nous rendre visite, enfoiré ! Tu vas pouvoir apprécier notre charmante hospitalité.
     On n'a pas fait l'ménage. 'scusez ! Ha !
     Sid tenta de se reprendre, mais entre le froid, l'humidité et le sang qui rendait tout ce qu'il touchait poisseux et glissant, il ne put que se renverser et heurter le sol avec force. Une fois sur son séant, il constata avec horreur que, non seulement, les boîtes avaient quitté leur perchoir, mais qu'elles s'étaient répandues sur la gangue glaciale. Le vaisseau tangua de nouveau et Sid roula sur lui-même avant de s'étendre, éreinté, dans le contenu des boîtes, sorte de liquide brunâtre à l'odeur plus que douteuse. Il tenta de se nettoyer en se frottant le visage et les mains, mais il ne fit que s'en tartiner davantage.
     Haaaaaaaaaa ! C'est là qu'on va s'marrer les copains !
     Alors qu'il se démenait avec cette mélasse malodorante, la glace se mit à fondre et le niveau d'eau monta rapidement. Épuisé à force de repousser les assauts malveillants des boîtes, Sid se laissa emporter et sombra sans combattre.

*

     Il rouvrit les yeux, assis dans son fauteuil. Sa cabine ballottait de droite à gauche et son cœur qui se soulevait. La première chose qui l'intrigua fut ses mains : car ses ongles étaient revenus. Du bout de la langue, il caressa ses gencives qu'il pensait tuméfiées. Mais en lieu et place du vide ses dents avaient refait leur apparition.
     Plus étrange encore, cette lumière crue qui venait du dehors. De l'autre côté de ces vitres embuées. Cet extérieur qui ne pouvait pas être puisqu'il se trouvait dans l'espace.
     Grosse erreur. Le vaisseau dont Sid avait désormais les commandes était un navire de pêche : un chalutier voguant sur une mer déchainée. Un bateau en proie aux caprices de Mère Nature car, en plus des vagues aux allures de gueules démesurées, le ciel revêtait son habit hivernal : de lourds flocons laiteux tombaient en abondance sur le pont.
     Sur ce même pont s'affairaient cinq hommes emmitouflés dans d'épais cirés rouges : manipulant d'énormes casiers grillagés à l'intérieur desquels étaient accrochés des appâts. L'un d'eux noua un cordage au casier avant de lancer la bouée orange qui se trouvait à son extrémité. Ils continuèrent leur besogne sans le moindre temps mort. Déchargeant les « pièges » dans la mer qui les cernait de toutes parts, leurs gestes exécutés avec foi et conviction. En fin de compte, ces types n'avaient pas tellement le choix : balancer des casiers pour attraper le maximum de prise était pour eux leur seul moyen de mettre du pain sur la table.
     Le plus petit des cirés se retourna une fois la cage avalée par les flots. Il lança son regard bleu acier au capitaine enfermé dans sa cabine. Un regard que Sid put difficilement soutenir ; pourtant atténué par la neige qui tombait dru. Un regard dans lequel on pouvait revivre toutes les saisons accomplies à ramener du crabe – par tous les temps possibles et imaginables et ce même avec une fièvre de cheval et les genoux en vrac – depuis qu'il avait voulu embrasser cette carrière. Un regard dilué dans des litres et des litres d'alcool.
     Contre toute attente, ils se tenaient tous là à braver la tempête que l'on annonçait meurtrière, se dépêchant de décharger le maximum de casier avant la nuit qui s'abattait vite en mer de Béring. Non, ces types n'avaient peur de rien.
     Pour tout dire, Sid avait le mauvais rôle dans cette histoire. Pour la simple et bonne raison que ces gars se gelaient le cul dehors et que lui restait bien eu chaud dans son perchoir. Mais il ne fallait tout de même pas oublier que s'ils remontaient du crabe royal demain, ce serait grâce à lui. Déterminer le meilleur endroit pour pêcher était une science exacte : Sid n'avait pas le droit à l'erreur. Si jamais il venait à se mettre dedans, il condamnait également son équipage ainsi que leurs femmes et leurs enfants. Et cela il ne pouvait pas se le permettre.
     Après le dernier casier, l'équipage se retrouva pour dîner ; sans Sid. Il ne descendit pas aux cuisines et préféra rester dans sa cabine, grillant cigarette sur cigarette, se faisant du mouron à propos du mauvais temps qui, décidément, ne voulait rien entendre et refusait toute embellie.
     Au-dehors, le vent soufflait toujours. La neige n'avait pas cessé. Pire encore, les flocons se multipliaient et de courtes stalactites se formaient le long des pontons de fer. La nuit allait être longue : il allait devoir rester réveillé au cas où, pour ses matelots.
     Trois cents kilomètres au sud, le jour disparaissait derrière les terres enneigées d'Alaska et Sid veillait, son cendrier débordant de mégots et sa cabine rythmée par les bips-bips de son sonar.
     Quarante années passées à la barre du Mauvais Garçon ne l'avaient pas épargné et jusqu'à cette nuit, il n'avait jamais failli. Jamais. Un bref moment d'inattention lui avait suffi pour sceller son destin ainsi que celui de son équipage. Une décision qui le poursuivait encore.
     Harassé par la tâche, Sid n'avait quitté la barre des yeux qu'un court instant. Ses compagnons d'infortune dormaient à poings fermés et à leur réveil, ils se retrouvèrent pris au piège d'une infinie mer de glace. En quarante ans, il ne s'était jamais endormi. Jamais. Il suffit d'une fois.
     Le Mauvais Garçon était censé relever ses paniers et les décharger à Dutch Harbor d'ici après-demain. La saison du crabe des neiges touchait à sa fin et Sid allait toucher le pactole. Mais son karma en avait décidé autrement.
     Son équipage se rendit compte de la catastrophe en même temps et il ne put les empêcher de faire irruption dans sa cabine, prêts à tout casser. Il alla au charbon avec sa phrase fétiche qui l'avait, par le passé, tiré de bon nombre de situations conflictuelles : « Mais bon Dieu de merde, qui c'est l'capitaine sur ce putain de rafiot, hein ? »
     Tenter de calmer le jeu ne fut pas une mince affaire. Pris dans la glace, le bateau n'arriverait pas à faire repartir ses moteurs. D'autant que le brise-glace le plus proche était occupé à dégager un autre navire de la flotte. Le sort jouait de malchance. Pour couronner le tout : le fond du stock de vivres était presque visible. Même s'ils en venaient à bouffer les appâts, les membres d'équipage du Mauvais Garçon ne tiendraient pas longtemps. Et s'ils ne mouraient pas de faim, le froid se chargerait d'eux.
     Plusieurs appels à l'aide furent envoyés du Garçon, mais personne ne put leur porter secours.
     Lorsqu'on les découvrit une semaine plus tard, leurs corps givrés, figés dans leur posture de travail, les sauveteurs mirent la main sur le livre de bord. Voici ce qu'écrivit Sid Fisker, feu le capitaine du Mauvais Garçon :
     « Il n'y a rien que je puisse faire pour renverser la tendance. Ce désastre est dû à une extrême négligence. La mienne. Et j'en porte tout le fardeau. Quatre de mes hommes sont morts et le dernier a voulu tenter sa chance sur la mer de glace. Paix à son âme. Étant capitaine du navire, je ne peux me résoudre à quitter mon bâtiment. Mon âme restera pour toujours liée à celle de mon équipage. Qu'il en soit ainsi. »

4 (suite)

     Brusque revirement de situation.
     Sid était bien mort de froid sur son chalutier en mer de Béring, au large de Dutch Harbor mais le scorbut n'avait pas fait de lui une immonde carcasse sans dent et sans ongle.
     La soute n'avait pas été balayée par une puissante lame de fond venue de nulle part. Tout était à sa place. Même les boîtes de métal, disposées avec soin. Au plafond, la musique tournait toujours. S'était-elle seulement arrêtée ? Sid reconnut la chanson d'un vieux groupe de rock américain. Bon Jovi. Et les paroles, aussi curieux que cela paraisse, revêtaient un sens pour lui :

I'd drive all night just to get back home
I'm a cowboy, on a steel horse I ride
I'm wanted, dead or alive

     Une ombre apparut dans un coin de la soute. Petite et au regard bleu acier. Cette ombre fut suivie d'une seconde, immense et vêtue d'une salopette verte. Ces deux ombres furent rejointes par trois autres qui semblaient sortir des parois. L'équipage fantôme du regretté capitaine revenait le hanter à bord du Black Desire. Il avait failli à son devoir et son âme en gardait une trace, même dans le cosmos. Et à mesure que se rapprochaient les ombres, la conversation qu'il avait eue avec ce type étrange, durant cet entretien, lui revint subitement comme la détonation d'une arme à feu :

     Hormis la cargaison, vous serez seul à bord du navire.
     Le chemin vous semblera interminable jusqu'au Cap Harris. Mais ensuite, tout devrait rouler.
     Vous risquez de ne pas vous sentir dans votre assiette, certain jour. Il ne faudra pas paniquer. C'est une sensation commune qui est appelée le « mal de l'espace ». N'en tenez pas compte.
     Un voyage de ce type peut mettre vos nerfs à rude épreuve. Une trop longue exposition à une solitude forcée risque de vous faire perdre les pédales. Par moment, il vous semblera entendre des voix. Des voix de personnes que vous connaissez. Ignorez-les. Cela vaudra mieux pour vous.
     Voici la véritable raison de votre voyage jusqu'à la Nébuleuse du Crabe, dans la Constellation du Taureau : l'endroit où je vous envoie.
     Dans votre vie, vous avez fait, comme un grand nombre d'êtres humains, des bons et des mauvais choix. Mais il en est un, dans votre karma, qui vous poursuivra toujours à moins que vous ne répariez cette faute : c'est d'avoir précipité votre équipage dans une mort atroce. Vous avez failli à votre devoir de capitaine et c'est une erreur qui ne peut s'effacer et se monnaie assez mal.
     Pour vous racheter aux yeux de vos hommes, vous escorterez leurs âmes jusqu'à la Nébuleuse, là où évolue un vivier de crustacés stellaires proches de vos crabes et qui, dit-on, ne tarit jamais. Ainsi vous pourrez poursuivre votre but par-delà la mort et tenir votre parole. Car s'il y a bien une chose qui a de l'importance et qui est une constante dans l'univers, c'est de donner sa parole et de s'y tenir.

     Les ombres flottèrent vers la porte de la soute, la plus petite s'arrêta devant Sid et le dévisagea de ses yeux de bombardier. Dans un faible chuintement, il s'adressa au capitaine en ces termes : « Loué soit le sombre héraut qui est venu porter sa parole afin que vous puissiez tenir la vôtre ».

                                                                                                                                                              FIN.



11 commentaires:

  1. La nouvelle de Valérie Simon est bluffante. Rien que le titre, j'ai cherché des raviolis un peu partout. Je m'étais même dit que j'avais du louper la boîte de conserve quelque part alors je l'ai relue une seconde fois. A un moment, je me suis même demandé si les "raviolis" n'étaient pas en fait une métaphore des corps putréfiés. On ne sait jamais, il arrive parfois que les infos soient cryptées dans un texte.
    D'ailleurs, le titre qui est la dernière phrase de la nouvelle ; c'est bien trouvé. Même si en cherchant les raviolis partout, je me suis surpris à faire un parallèle avec "La cantatrice chauve" de Ionesco ; je désespérais de les voir ces raviolis.
    En tout cas, une chose est certaine : au menu de ce soir, ça ne sera pas couscous et encore moins ravioli ;)

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  2. Valérie Simon a écrit une nouvelle couronnée d'émotions, un texte qui a su me toucher. Comment, face à la plus extrême horreur, garder espoir ? Lisez-le et vous comprendrez qu'on n'a pas le choix, que tant qu'on respire, on doit continuer à avancer. Félicitations à l'auteure !

    La nouvelle de Jérémy m'a enthousiasmé, et c'est rare que de la SF me fasse cet effet ! Alors, bravo à lui également, tant pour l'originalité de son texte que pour son style et son sens de la narration.

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  3. Merci autant à Jérémy qu'à Aramis, à mon tour d'être très touchée par vos commentaires ^_^
    Et ne vous dégoûtez pas trop des raviolis, on ne sait jamais, ça pourrait servir, avec cette fin du monde qui approche à grands pas (lol) !!!!

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  4. Salut à tous ! ça n'a pas été facile de trancher entre les deux nouvelles mais mon choix est fait et... Je vais laisser le mystère.
    J'ai été interpellé par le titre de la n°7, je m'attendais à une nouvelle humoristique...et non !
    Dans tous les cas, je salue les auteurs, ce sont deux bons textes qui m'ont touché.

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  5. Bon moi je n'ai eu aucun souci à trancher. Je ne sais pourquoi mais je n'aime pas les récits à la première personne. C'est un exercice que je trouve incroyablement difficile et en général je m'y ennuie. Et là, pareil. Je n'ai pas réussi à entrer dans l'histoire qui pourtant a l'air sympa. Mais non, impossible. Désolée. Aucun atome crochu.

    L'autre bon, je l'avoue, dès le titre j'ai eu un a priori positif. Ma fibre Noir Désirienne a été touchée. Et quelques clins d'oeil plus tard j'étais à fond. En général pourtant je n'adhère pas à ce genre littéraire. Mais là c'était agréable à lire. Peut-être pas la nouvelle du siècle mais une bonne nouvelle et bien meilleure que la première à mes autres.

    Attention hein, je ne veux vexer personne et je ne dis pas que la première nouvelle n'est pas bonne! Elle n'est pas mauvaise en tout cas! Je ne l'ai pas lu en me disant "halala quelle bouse!!" Juste je n'ai rien ressenti de spécial en la lisant, je l'ai lue comme un article de journal, je suis restée neutre.

    (holala, ma réputation de super chieuse est pas prête de s'arranger)

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    1. Coucou Solenne, pas de soucis, tu ne vexes personne, en tout cas pas moi ^_^
      Un texte, une fois écrit, est aussi une rencontre avec le lecteur, et si cette rencontre ne se fait pas, ma foi... c'est le destin ! Et puis, je suis quand même bien contente que ce ne soit pas une bouse (je suis tombée dedans quand j'étais petite, une fois, et c'est pas terrible, hein ?)
      En tout cas, merci d'avoir pris la peine de laisser une petite bafouille, c'est sympa !

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  6. Bon, j'ai lu le premier texte. C'est vraiment très beau ! Et terrible à la fois.
    Je retiens notamment une phrase, qui résume bien le texte, je trouve: "Saleté de vermine. Ils survivent à tout !" => dixit une humaine qui a survécut au cataclysme, comme les rats et les chiens errants qu'elle "critique" !!! :D

    Allez, je m'accorde une petite pause et je lis le texte 8. Mais je sens que ça va encore être dur de décider...

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  7. A voté !
    Je dirais que "les raviolis" est un texte profond, qui donne à réfléchir à la façon dont nous nous comportons vis à vis des autres (hommes et animaux) et du monde en général. Texte réaliste bien qu'un poil sombre. Après tout, si l’héroïne a survécu, par définition d'autres humains ont forcément survécu. J'ai beaucoup aimé la façon dont l'héroïne évolue au fur et à mesure de l'histoire, passant de l'accablement le plus complet à des pointes d'espoir épisodiques, pour finir par décider de se battre.

    Ô sombre héros, à présent: la façon dont on passe du présent au passé, puis du passé au présent m'a un peu "déboussolé" (pour utilise un vocabulaire maritime). Je pense que cela aurait pu être rendu plus... Je ne sais pas... Fluide? Clair?
    De même, le scorbut qui arrive et repart sans vraiment d'explications m'a rendu un brin perplexe... Et les voix qu'on entend semble changer du tout en tout en terme de personnalité, entre le passage où on les entend (avant le retour vers le passé) et le dernier paragraphe de la nouvelle.
    Au début, comprendre ce que sont ces voix est malheureusement impossible pour le lecteur, il faut revenir en arrière pour comprendre et c'est un peu dommage. Peut-être aurait-il fallu mieux prévenir le lecteur? Immiscer le retour vers le passé par petites touches dans le récit? Ce n'est qu'une idée que je lance comme ça, bien sûr. Je ne suis pas l'auteur de ce texte.
    Au final, j'ai d'ailleurs quand même bien accroché, mais je pense que le texte se bonifierait avec une nouvelle version, plus aboutie, où le lecteur serait prévenu de l'arrivée de certains éléments importants.

    My 2 cents. ;)
    J'espère ne vexer personne avec ces pensées, qui me sont personnelles en tant que lecteur.
    Lecteur qui, encore une fois, a beaucoup apprécié lire ces deux textes (sinon, je ne serais pas là à écrire ce commentaire, hein?)

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    Réponses
    1. C'est chouette de voir tous ces avis différents... comme quoi, un même texte peut être vu de plein de façons différentes par ses lecteurs... Si ça c'est pas de la science-fiction ^^
      En tout cas, merci de laisser des commentaires, c'est super enrichissant, les occasions de discuter sur un texte sont vraiment rares, et du coup, bravo pour ce duel... même si je sens pointer un froid glacial qui envahit mon cœur ! Bientôt étalée le nez dans la poussière, miséricorde !

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  8. Non Scalp, ça ne me vexe pas du tout. Chacun a son avis et c'est tout à fait normal. Et puis faut reconnaître que Valérie sait bien manier la langue.
    L'histoire que je voulais raconter était le voyage d'une âme et de sa rédemption. Mêlé le SF et le fantastique m'a bien amusé. J'ai en tête des films comme Event Horizon qui collent bien à ce mélange de genre.
    Je ne sais pas si vous avez fait attention mais excepté l'allusion à Noir Desir il y a aussi un clin d'oeil à une série de reportages concernant des pêcheurs de crabes diffusée uniquement sur Discovery Channel. Série qui a pour titre : Péril en haute mer. J'ai passé tout l'été 2011 devant cette série et j'avais envie de lui rendre hommage car le quotidien de ces types est vraiment exceptionnel. Voilà !
    Merci d'avoir prit le temps de me lire en tout cas ;)

    Jérémy.

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  9. La nouvelle de Jérémy Semet est disponible en numérique (ePub et Kindle) sous le titre "Cosmic Karma" (0,99 € seulement, 40 pages environ), aux éditions Walrus. Le texte est agrémenté de trois illustrations originales de Vianney Carvalho :

    http://store.walrus-books.com/cosmic-karma/

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